Secrets de l'oubli
>>> Fayçal
         Encore un artiste du label Sonatine. Même s'il y a eu des divergences artistiques qui font que sur son album n'apparait pas la marque du label, les instrus sont toujours assurées par VII ou 2FCH. Et tant mieux !
Je connais Sonatine Music depuis peu, en écoutant d'abord VII, puis dans tous les morceaux à ma portée, il y avait un certain "31 Décembre" où Fayçal apparaissait pour le refrain. J'avais apprécié, mais dur de se faire réellement une opinion sur un refrain. J'ai donc enchainé sur l'album de 2FCH, avec des textes comme "vents et marées", "heures éternelles" et évidement "des anges parmi les gens". J'apprécie beaucoup 16, mais le couplet de Fayçal m'a giflé, surtout le début : "Lorsque l'or brime le cristal et que nos déprimes s'embrasent/Que ces rimes soient magistrales, qu'elles t'embrassent" et le silence du beat à la fin de cette mesure, ça parait pas forcément énorme comme ça, mais moi je suis séché à chaque fois. L'ambiance, et une pureté qui en ressort, une écriture travaillée, réfléchie, pas d'argot inutile pour choquer, non rien de tout ça. C'est ça que j'aime, retenir toutes ces assonances, l'entrelacement des mots, devoir réécouter plusieurs fois pour saisir la métaphore, le sens ou le double sens. Vouloir choquer en parlant de soi démontre, selon moi, un manque cruel de talent, et même de sincérité. La profondeur me parle beaucoup plus (Je ne mets pas VII dans le paquet, c'est un tout autre délire en matière d'images choquantes). Bon j'ai fini mon intro pour expliquer pourquoi j'accroche méchamment à l'écriture du rappeur des Landes, c'est celle qui me parle le plus même je dirais, en matière d'objectif personnel, d'inspiration. Bref, passons à cette chronique.
"secrets de l'oubli" succède au déjà très bon "Murmure d'un silence". Et je retrouve vite cette ambiance intimiste, sincère à travers cette écriture bourrée de rimes. La première production place déjà la barre haute ("les sentiers de l'écriture"), un texte très personnel en guise d'intro, une sorte de suite des "vestiges de ma vingtaine" si je peux me permettre. Fayçal en profite pour placer quelques titres qui l'ont marqué, qui nous ont marqué. "Demain c'est loin", "un nuage de fumée" et j'en passe. Critique sur ses débuts d'écriture, son premier groupe, son amour des lettres, pour arriver à ce qu'il nous propose aujourd'hui. L'ambiance reste particulière avec un texte sur la ville de Bordeaux, loin des clichés de "villes tendues la nuit", le MC prend du recul, et décrit sans juger, juste constater. Il peint sa ville en mesures, sur une instru ultra répétitive, hypnotisante, mais géniale ! Elle m'embarque à tous les coups. Un refrain sans paroles, des petits samples de voix pitchées et le tout coule tout seul. L'album est très homogène, dans ses productions, et les thématiques, c'est le témoignage d'une vision, sans artifice. Pas mal de collaborations, cinq sur douze, ça serait mon petit point négatif. Un peu plus de morceaux solo auraient été les bienvenus selon moi. Les niveaux des différents MC's divergent. Malheureusement, mis à part deux trois participants, notamment Vorass sur "Arabesque", et Dilem sur l'excellent "Rapsodies", Fayçal est trop au dessus niveau écriture pour ne pas donner un gout de "pourrait être mieux". Parlons quand même du titre qui regroupe pas mal de monde ("Rapsodies") ; C'est, avec "carnet du sous-sol", la seule instru qui donne la pêche. En général, sur ce genre de track, on vire vite à l'égotrip lourd et sans intérêt. Ici on parle au nom du groupe justement, mais dans l'ensemble la mayonnaise prend, et la production joue un rôle essentiel. Elle est simplement énorme, et Fayçal conclut avec un couplet qui donne la rage, mais la bonne rage.
Je tiens à rappeler comme pour le dernier album de VII, d'un point de vu sonore, rien à dire, c'est du quasi parfait. Tout ça colle à l'écriture, formant une symbiose qui transporte, par exemple quand vous écoutez des titres comme "quatre vingt dix accusations", un "j'accuse" version rap. Un ensemble général de l'état du monde, et du nivellement pas le bas de sa mentalité. Ou bien "Carnets de sous sol" qui est énorme, malgré une collaboration qui me fait zappé dès la fin du couplet de Faycal, la manière de poser, la voix de Llyes ne me plaisant pas du tout. A vous de vous faire votre avis, le fond y est, c'est la forme qui me gêne. "A mes captifs" et ses lyrics lâchées tel un déluge, pour ce texte dédié à des amis prisonniers (si je ne suis pas trop con...et ça reste à prouver), le morceau pour sa mère "Mon ange gardienne", forcément touchant, ce titre dégage une pureté rare. Comme le dernier titre, magnifique, qui me prend le ventre ("In articulo mortis"), une prod mystique, signée 2FCH, simple, qui me ferait chialer dans un moment plus délicat. A écouter, comme tout cet album, je trouve ce second opus bien meilleur que "murmure d'un silence", et ce n'était pas gagné d'avance. Pari réussi, Fayçal nous livre un disque d'une profondeur rare, à la fois pudique, pure et intimiste. Excellente formule, le tout exprimé avec cette écriture que je ne cesserai de flatter. Vraiment, n'y voyez pas un fanatisme idolatrique (oui ça n'existe pas), mais quand je n'aime pas, je sais le dire, allez fouiller quelques chroniques sur certains. Mais quand l'osmose se fait, quand un album vous transporte, vous fait plonger dans vos souvenirs, et vous motive à reprendre la plume; Je le dis. Amateurs de belles écritures, d'intelligence, de lucidité, d'autocritique et de bons sons, ne cogitez pas plus. C'est 12¤, le tout est disponible sur son Myspace. Voila, j'arrêterai là, et je vais écouter cet album en attendant le suivant. Une réussite.




Fayçal
2009

Chronique de Taiji...
note : 17/20

01-les sentiers de l'écriture
02-La belle endormie
03-Fragments de vies (avec Keurspi et Starn MC)
04-La morale d'un candide
05-Carnets du sous sol (avec Ilyes)
06-Vraies liaisons et lésions
07-QUatre vingt dix accusations
08-Arabesque (avec Vorass et Expérimental)
09-A mes captifs
10-Mon ange gardienne
11-Rapsodies (avec J.Day, Dilem, Clyde, Dreck, Nordine l'archer, So et Drago)
12-In articulo mortis

Du même artiste :
Murmures d'un silence

Podcasts :
Rapapodcast #02 de Miles
Rapapodcast #20 de Achim Shark


Retour vers les chroniques francophones
Dimanche 23 Décembre 2012
Rapa fait sa rentrée: On n'est pas morts!Voici les chro du VII nouveau et le dernier Fayçal! Checkez aussi les derniers rapapodcasts concoctés par l'ami Phonky.
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