Inferno - La jeune fille et la mort
>>> VII
         
Le revoilà ! Il arrive juste après l'été, l'hiver en point de mire, cette période souvent trouble et sombre pour moi. Certains adorent, d'autres hibernent, moi je creuse mais pas pour aller dormir pendant quatre mois. Je creuse les plaies, j'en cherche d'autres, je panse rien, j'arrache, infecte, prends plaisir dans le noir, dans des ténèbres mentales certes peu confortables mais tellement lucides. Bref, "Le grand chaos" était arrivé à point nommé dans mes oreilles l'an passé, aujourd'hui le premier volet d'une trilogie titrée "Inferno" débarque. Je vais donc écouter, décomposer, rire devant certains textes ultra gores, et rester silencieux devant ceux qui touchent, me touchent, et m'accompagnent dans cet obscur visite sous terre.
« Inferno - La jeune fille et la mort » voila, tout est dans le titre. L'image reste classique, très glauque quoi. Du noir, du rouge, du sombre, du sang, et quatorze tracks où vont se côtoyer des morceaux relatant la vie de fêlés du casque, et d'autres plus intimistes. Pour les amateurs de détails, qui aiment savoir pourquoi ils déboursent de l'argent alors qu'ils pourraient le télécharger bêtement, le livret à l'intérieur ne se résume pas à un simple feuillet, toutes les paroles sont retranscrites, comme ça pas d'interrogations sur certaines lyrics. Un bon point déjà ! L'ouverture se fait sur le premier titre mis sur le MySpace de l'artiste, « si douce, si perverse ». On connait, nous sommes en pleins dans l'ambiance « Inferno », en gros, « les salopes vont en enfer », elles vont expier leurs fautes en encaissant la « lame infernale ». Le « maniaque en cavale » et « violeur de cadavres » est lâché, et moi j'aime bien !
Depuis que je connais Sonatine, j'ai remarqué que peu d'instrumentaux, que ce soit de 2FCH ou de VII, me déplaisent, ça arrive mais c'est relativement rare. Une fois de plus, le taff proposé est de qualité, il n'y a que le morceau miroir de « La chambre des tourments » du « Grand chaos », « le couvent des nonnes pécheresses » et « Michelle se souvient » qui ne me marquent pas. Le reste c'est du bon, voire du très bon, et même de l'excellent (« Le frère de mes fantômes », « La mort d'un monde », « La pendule », « Le locataire », « Au détour de la rue morgue »...et pleins d'autres putain !). Donc pour ce sujet, je fais rapide car c'est simplement nickel.
Revenons au disque, et le second titre qui m'a directement interpellé. On parle de solitude, du très sombre, de perturbations, de mal-être grave. Enorme. Des passages comme « Moi j'ai voulu m'y voir, du fond de ma chambre/ Je cherchais de l'échange même debout dans le noir », ou bien « des photos dans la main d'un gosse inadapté/ De ma vie de gamin, je n'ai pas tout capté » me concernent, me ramènent quelques années en arrière, alors j'écoute plus assidument que celui qui peut suivre par exemple (« elle ne dit jamais non ») ! Non mais sérieux, faut l'avoir l'idée, et puis faut la développer. Et le faire si bien, chapeau. L'amour est éternel pour certains, grâce à la taxidermie (Magnifique cette phrase !). VII nous raconte donc l'histoire d'un mec qui décide d'empailler sa femme, afin de la garder, de pouvoir continuer à avoir des rapports sexuels. Bel exemple de fidélité que nous offre cet homme. Mais outre le coté qui peut faire peur, les détails ne s'arrêtent pas sur les rapports nécrophiles, mais on entre aussi de le psychisme du personnage, il parle comme un perdu, qui aime sa femme plus que tout. Quand il s'inquiète qu'elle ne mange plus, qu'elle se dégrade, on voit l'homme complètement dépassé, qui refuse de voir la réalité, pris au piège de ses vices et de ses déviances, et la vie devant lui.
Des déviances, vous en voulez, c'est pour cela que vous êtes là, et vous en aurez. On alterne, on peut parler rap (« Au détour de la rue morgue »), des hippies (« Crève hippie crève »), de sectes dans « Michelle se souvient », tiens, arrêtons-nous sur celui là. Je pense qu'on est pas mal dans la décharge de violence. Punitions corporelles, viols de mineurs, tortures, rapports zoophiles et j'en passe. Tout ça pour des snuff movies, et des trafics d'enfants. Faut bien gagner sa croûte. Ce titre pue le malsain, l'horreur, et quand on se met dans l'ambiance, on imagine les mecs bien pervers, et le supplice des victimes. Mais ça existe, on n'a pas de limites dans le mauvais, alors on innove. Évidement, comme dit plus haut, j'accroche bien plus sur les textes qui sentent le vécu, qui abordent les troubles plus « normaux », si je peux me permettre. Je me permets. Il y a cet « hommage » à Ricardo Ramirez, tuer en série qui effraya Los Angeles et San Francisco il y a vingt-cinq ans, un fan du morceau « night prowler » d'AC/DC, bien monté quoi qu'assez répétitif. En fait on se rend compte que ça ne reste « que » de la violence banale. « Les insatisfaites poupées érotiques de Joachim » n'a que le titre en référence au film « Les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock », car là on parle d'un mec qui devient violeur car il a besoin de réel. Les échanges avec les poupées n'assouvissent rien car elles ne réagissent pas. Mais bon, je m'attarde plus sur la track suivante (« le locataire »), ou un paranoïaque finit par s'amuser de sa névrose. Et observe les gens, leurs paroles, leurs envies de le tuer, s'arrêtant au fou dingue qui fait peur. Parfois ça peut se comprendre, surtout quand le narrateur finit par se dire que « ce soir, je vais devoir tuer ». Je passe vite « Le couvent des nonnes pécheresses », ma question sera simplement pourquoi cette volonté de faire un morceau calqué sur « La chambre des tourments » du « Grand Chaos ». Pas dans les paroles, mais l'instru très proche, le refrain, la façon de poser est la même...pourquoi ? Je n'avais pas trop aimé le titre issu de l'album précédent, donc celui-ci me fait le même effet.
Et il y a « La pendule », et sa prod magnifique, le petit accord de guitare qui emporte tout dans un élan de nostalgie, la voix éraillée du refrain donc j'ignore la provenance (veuillez excuser mon manque de culture...) et des mesures pour parler d'un pote suicidé. Touchant de par son ambiance, et le témoignage du rappeur de Bordeaux loin d'une pleurniche habituelle dans ce type de titre. A écouter, et se laisser transporter. On enchaîne avec notre ami Richard le mexicain, et on passe au dernier morceau, le plus lourd, selon moi (« La mort d'un monde »). Après toutes ces gifles musicales, je prends une droite avec cette instru indescriptible, entre de l'espoir, de la rage, du mystique et le règlement de compte. Règlements de comptes envers le capitalisme, et un hommage pas au terrorisme, mais à la défense de l'humanité (« nous savions que vous étiez nos drames/Que notre égalité s'obtient avec vos armes »). Pas de refrain, comme tout les grands classiques, VII balance son sac, on est sur du vrai, du passé, du présent, et un futur plus qu'incertain. Ma préférence va pour le moment à cette piste, mais j'en adore beaucoup d'autres. Pour ceux qui pensent que VII ne sait faire que dans le gore, dans la surenchère, la preuve que non en musique !
On approche de la fin de cette chronique, je vais finir simplement, en disant que pour ceux qui apprécient VII, pas d'inquiétude, vous pouvez y aller vous ne serez pas déçu. Pour les curieux, je le conseille, il reste un chouïa moins accessible que « Le grand chaos », mais bien plus que « Jardins macabres » (oui je sais ce n'est pas dur). Moi en tout cas j'aime bien, vivement la suite de la trilogie.
Je vois l'hiver se profiler au loin, un rictus et je prépare la pelle, le sel, et les mouchoirs. « Un peu dérangé maintenant quand j'y pense ». Foncez !




VII
2010

Chronique de Taiji...
note : 16.5/20

01 - Si douce, si perverse
02 - Frère de mes fantômes
03 - Elle ne dit jamais non
04 - Au détour de la rue morgue
05 - Michelle se souvient
06 - Dernière nuit avec les chiens
07 - Crève hippie crève
08 - Je suis d'ailleurs
09 - Les insatisfaites poupées érotiques de Joachim
10 - Le locataire
11 - Le couvent des nonnes pécheresses
12 - La pendule
13 - Les 112 nuits meutrières de Richard Ramirez
14 - La mort d'un monde

Du même artiste :
Le grand chaos

Podcasts :
Rapapodcast #27 de Phonky Honky


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Dimanche 23 Décembre 2012
Rapa fait sa rentrée: On n'est pas morts!Voici les chro du VII nouveau et le dernier Fayçal! Checkez aussi les derniers rapapodcasts concoctés par l'ami Phonky.
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