Le grand chaos
>>> VII
         Je ne crois pas en grand-chose. Tout juste en moi, et encore. Vraiment, pour moi rien n'est lié, les coïncidences restent le fruit du hasard. J'ai essayé de croire, de lier les divers évènements, le bien qui produit du bien en retour et tout, j'ai fini sous cachetons. Donc bon, je préfère être un rationnel, et agnostique plutôt que de prendre le rôle du masochiste.
Alors je dois dire que cet album de VII est une drôle de coïncidence. Cet artiste que je n'écoute que très peu, non pas que je n'aime pas ce qu'il fait, mais plutôt que je ne suis pas assez curieux pour aller jeter une oreille. Donc je connais de nom, mais cela ne va pas plus loin que ça. Honte à moi. Coïncidence je dirais car je traverse une période assez sombre. Je vais raconter ma vie plus brièvement possible. En pleine tourmente sur ma personne schizoïde, depuis ma plus petite enfance, je demeure persuadé en ce moment que je suis voué à finir interné, ou qu'un drame dont je suis l'auteur, ou la victime fait parti de mon avenir. Pourquoi ? Je l'ignore, mais ça travaille sec sous le chapeau. On dit que l'on devient fou que si on accepte de franchir le cap, ce n'est pas mon cas pour le moment, mais je dois admettre que parfois, se perdre dans les méandres sa propre folie peut être la seule issue d'un égo trop encombrant, et d'une envie vaine d'un monde moins dégénéré. Voila en gros l'élément d'aujourd'hui qui découle surement d'un passé et patati et patata.
Alors quand je tombe sur les morceaux du rappeur fan du glauque, du gore, et du malsain, forcément, je ne fais pas qu'écouter, je réfléchi sur pourquoi ces textes, et pourquoi certains points me parlent, m'intriguent, m'absorbent par leur coté magnifiquement atroce. Mais bon, la thérapie n'est pas dans cette chronique, donc je vais commencer vraiment ce pourquoi j'ai ouvert un nouveau fichier word. Une chronique simplement.
Première chose qui m'a frappé à part la sauvagerie de certaines paroles, ce sont les instrus. Je vais être clair tout de suite, je n'ai pas tout écouté cette année, mais je pense ne pas me tromper en disant que « Le grand chaos » et surement l'un des meilleurs albums en matière de productions. J'ai pris une grosse gifle. Chapeau. Pas de synthé tout pourri, donc faites vous plaisir.
Pour ceux qui ignoreraient encore d'où vient ce grand chaos, c'est en référence à Charles Manson, prisonnier depuis 1971 pour y purger une peine à perpétuité après avoir été reconnu coupable d'avoir commandité les meurtres de plusieurs personnes. Dont le plus connu restera l'ex-femme du pédophile Polanski, alors enceinte. Créateur d'une secte nommée « la famille », qui rassembla beaucoup d'adeptes, qui croyaient en la prophétie de Manson disant que les noirs domineraient les blancs (les porcs) mais que, ne sachant pas comment s'y prendre, demanderaient au grand gourou fan des Beatles de les aider dans leur règne. L'intro (« 9 Aout 1969 ») place d'emblée l'ambiance et le personnage au centre de cet album.
Pour les thématiques, oui, beaucoup sont glauques, on notera le meurtre SM dans «domination », les images utilisées frappent (c'est le cas de le dire), dégouteront peut-être les plus sensibles. Ou dans « appartement 42» où l'on dépasse le meurtre passionnel. Un homme qui prépare puis passe à l'acte de la mort de la femme qu'il aime, la encore les phases sont violentes (« tu reprends tes esprits, un crochet dans chaque sein...»). Attention VII, tu frôle la plainte des mi-putes mi-soumises. La ce n'est pas plus la censure, c'est la pendaison qu'elles te promettraient. Donc les images, les métaphores utilisées sont hard, peuvent choquer, mais je ne les trouve pas abusées. Car je trouve que ça reflète le monde dans lequel on vit. L'horreur est humaine, nous n'avons pas de limites en matière de souffrances infligées. Donc les parties gores, les textes préméditant des meurtres ne sont pas mes préférés, mais je ne les trouve pas sur joués. Je m'attarde sur les morceaux de la folie mentale (pas que je dis que les mecs qui préméditent des meurtres SM ne sont pas un peu secoué du bulbe). La schizophrénie par exemple. Dans le titre « cette voix dans ma tête » raconte évidement l'histoire d'un homme qui se rend complice en exécutant les ordres d'un double sanguinaire prenant place dans sa conscience. Meurtre d'un enfant (...le petit Valentin??...) "et je foudroie l'enfant au bout de 54 coups", d'une femme (« en marcel j'aperçois sur mes bras/ des brulures, des cheveux dans mes doigts et du sang sur mes draps ») et rendre infirme une victime un peu par hasard. Profond, dur, mais pas si loin d'une réalité. « Allez tous vous faire foutre/ Moi je suis l'élu, ils étouffent mes prophéties avec leur gélules » c'est ce que vous entendrez scratché à la fin du titre. J'adore cette phrase.
Mais VII sait aussi faire de l'introspectif, dans « la famille », dans « bientôt des anges », une légère nostalgie de guitare électrique dans « funérailles électriques » racontant ses influences de Hard Rock, de métal qui ont bercé son adolescence. Sans oublier quand même le rap qui a marqué également sa vie. L'instru est magique, émouvante, elle transporte. Enorme.
La mort est évidement le sujet principal de cet opus, tout est lié à la mort...un peu comme dans la réalité. « Le sang et le pain » en featuring avec Faycal, avec sa production mélancolique, et le flow articulé, propre de Faycal est un moment fort en émotion. Le second featuring est avec Expérimental, un accord de piano, des BPM un peu speed, un riff de guitare, et vous obtenez un morceau efficace (« je t'enseignerai la haine »).
La fin de ce disque est forte. De par son instru, et par la force qu'elle dégage. Introspection, des rêves, une réalité, tout ce qui constitue une vie. Moins de quatre minutes de tuerie, de profondeur avec cette rime dans le refrain qui me touche beaucoup : « Si les cieux nous mentent alors j'attendrais que ça passe/ Et si l'enfer vous manque alors prenez ma place... ».
Je découvre VII avec cet album, et évidement je vais me pencher sur le reste. J'adore ce disque, même si le gore n'est pas mon crédo, j'adhère car je trouve qu'il le fait bien, sans forcer. Et que la partie sur la déficience mentale qui est plus ou moins présente en chacun de nous me parle, me concerne même. VII fait du rap un peu à l'ancienne, et c'est pour ça aussi que j'aime ! Allez chercher ce cd, vous ne serez pas déçu.




VII
2009

Chronique de Taiji
note : 16/20

01-9 Aout 1969
02-La famille
03-Je t'enseignerais la haine feat Experimental
04-Roulette russe
05-Domination
06-Peau de chagrin
07-Le brouillard
08-Funérailles électriques
09-Appartement 42
10-Bientôt des anges
11-la chambre des tourments
12-Le sang et le pain feat Faycal
13-Cette voix dans ma tête
14-Derniers sacrements.

Du même artiste :
Inferno - La jeune fille et la mort

Podcasts :
Rapapodcast #27 de Phonky Honky


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Dimanche 23 Décembre 2012
Rapa fait sa rentrée: On n'est pas morts!Voici les chro du VII nouveau et le dernier Fayçal! Checkez aussi les derniers rapapodcasts concoctés par l'ami Phonky.
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